Craco, la ville-fantôme

Il est une ville en Italie qui semble tout droit sortie d’un récit de Tolkien, et dont on prononce presque le nom à voix basse de peur d’en faire encore trembler les murs et d’y réveiller son peuple oublié.

Il m’a fallu parcourir de nombreux kilomètres à travers la solitaire Basilicate, croiser le chemin d’oliviers millénaires et me perdre dans un désert lunaire irréel, pour entrevoir enfin, au sommet d’une colline à la route étroite et sinueuse, la silhouette de la mystérieuse Craco.

Les mondes engloutis de Craco

blog-italie-basilicate-craco (2)

Craco est jusque dans les années 60, une belle ville pleine d’histoire, surplombant les collines arides de la Basilicate. La vie y est paisible, les commerces florissants et les habitants y coulent des jours heureux.

Quand un glissement de terrain vient soudain tout bouleverser. 1963, la terre emporte les fondations de la ville, Craco dérive, s’effondre. Certains racontent que la faute revient à qui a voulu installer un système d’infrastructures pour le confort de la ville, passant sous les fondations déjà fragiles de Craco.

Les habitants sont petit à petit évacués vers Craco Pescheria, un ersatz de ville, cité-dortoir moderne, sans âme. Et Craco de commencer sa vie d’ermite, et le mythe de se façonner autour de ses ruines.

Craco, balade entre les ruines

blog-italie-basilicate-craco (4)

En arrivant à mi-chemin, sur cette colline isolée, le spectacle spectral d’un vol de corbeaux autour de la tour normande restée sur pied, comme par défi, me fige sur place. Je poursuis mon ascension jusqu’à arriver sur le parking, à quelques mètres de l’entrée.

La route qui longe la ville est défoncée, le béton pulvérisé.

La ville est encerclée de grillages, défense d’entrer.

Les maisons sont pour la plupart éventrées, seul le cœur de la ville, plus en hauteur, semble avoir tenu, preuve en est que les constructions de nos ancêtres étaient souvent plus solides que celles des dernières décennies. Mon regard se pose sur les ruines d’une ancienne pizzeria, le four en pierre est resté tel quel, un réfrigérateur traîne plus loin.

Les maisons ont toutes les fenêtres nues, le verre a éclaté. Un volet bat tout seul, un chien errant hurle quelque part dans les ruines, des chèvres ont même élu domicile sur les restes branlants de Craco.

blog-italie-basilicate-craco (6)

Et puis le silence. Et l’imagination qui prend le dessus. Les histoires racontées par les anciens, les histoires qui ont pris la place des hommes dans ce sanctuaire de pierres.

Aujourd’hui de plus en plus de curieux viennent découvrir les abords de la ville-fantôme et je vois même un groupe, casques de chantier vissés sur la tête, suivre une visite guidée. Bien sûr, les balades en liberté sont interdites car le risque d’effondrement est continu. D’ailleurs, Craco est bien plus fascinante vue de loin, quand sa tour défie les derniers rayons du soleil et semble dire aux hommes qu’elle ne cèdera jamais.

© photo principale : Élisa Thubeuf © autres photos : Élisa Thubeuf