La Grande Bellezza vs La Dolce Vita

En 1960, Federico Fellini remportait la Palme d’Or à Cannes pour La Dolce Vita. En 2013, le Golden Globe et l’Oscar du Meilleur Film étranger étaient attribués à La Grande Bellezza de Paolo Sorrentino. À peine plus de 50 ans séparent les deux films qui ont chacun suscité de nombreuses polémiques en Italie. Contrairement à ce qui lui a été beaucoup reproché, Paolo Sorrentino n’a pas tourné un remake du chef-d’œuvre de Fellini même si l’influence de ce dernier est palpable. Voici un petit comparatif en 8 points des deux films.

 

1
Rome, personnage principal

Au début de La Grande Bellezza, un touriste asiatique tombe raide mort en découvrant le panorama de la ville Éternelle depuis la colline du Janicule. Rome est magnifiée, du haut des terrasses ou à l’intérieur des palais que l’on découvre à la lueur de la bougie.
Dans La Dolce Vita aussi, on se souvient de Marcello à la recherche d’Anouk Aimée, aristocrate décadente, dans un palais romain labyrinthique, sans oublier la scène culte avec Anita Ekberg se baignant la nuit dans la fontaine de Trevi. « Marcello ! Come here, hurry up ! »

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2
Le sacre des anti-héros

Pas de doute, Jep Gambardella, le personnage principal de La Grande Bellezza, est l’héritier spirituel du “Marcello“ de La Dolce Vita. Marcello Rubini avait renoncé à la littérature pour devenir chroniqueur mondain, trimbalant une tristesse désabusée dans les fêtes jet-set de la Rome des 60’s tout comme Jep Gambardella, écrivain d’un seul livre, devenu journaliste à succès et figure de proue des soirées les plus courues de la capitale italienne, qui se déroulent sur sa terrasse dominant le Colisée.

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3
Des polémiques en Italie

Sacrés en dehors de leur pays, La Dolce Vita et La Grande Bellezza ont été très mal accueillis dans la péninsule. L’Église catholique s’est montrée fermement hostile aux deux films. Il est certain que la statue géante de Jésus, se balançant sous un hélicoptère au-dessus de la place Saint-Pierre au générique de La Dolce Vita, ainsi que la scène du faux miracle, n’ont pas vraiment dû séduire les Jésuites de L’Osservatore Romano.
La Grande Bellezza a surtout déchaîné les critiques des journalistes et de beaucoup d’Italiens qui se sont sentis attaqués par une vision “simpliste“ de leur société. Paolo Sorrentino montre pourtant sans juger mais le constat peut être choquant, comme se regarder dans un miroir grossissant.

4
À la recherche de la spiritualité… perdue

La religion est omniprésente dans les deux films. Il suffit d’avoir été plusieurs fois à Rome pour se rendre compte à quel point l’Église fait partie du quotidien. On croise des prêtres et des sœurs à presque tous les coins de rue et on finit par s’y habituer.
Dans La Dolce Vita, la religion ne réussit plus à apporter de réponses. Le film devient d’ailleurs tragique lorsque l’ami de Marcello, écrivain catholique, se suicide avec ses enfants.
Le propos de La Grande Bellezza est beaucoup moins noir. L’entrée en scène de la « sainte », sorte de momie centenaire, relève au départ du comique mais sur la terrasse de Jep, une scène poétique avec des flamants roses, fait entrevoir la possibilité d’un souffle divin.

5
L’uomo italiano

Des Italiens séducteurs et velléitaires, incapables d’aimer une seule femme,qui font toujours la fête jusqu’à l’aube, à 60 ans bien sonnés… Les deux films consacrent l’homme italien dans toute sa splendeur ou toute son arrogance. Ils contribuent à forger une image qui peut confiner au cliché même si elle est bien plus nuancée car aussi bien Marcello que Jep sont désabusés, nostalgiques mais aussi tendres et finalement très humains.

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6
Des films qui parlent de leur époque

La Dolce Vita dénonce la société consumériste des années 60, avec l’avènement des médias et de la publicité, qui envahissent déjà le quotidien.
La Grande Bellezza lui fait écho 50 ans plus tard, après 20 ans de berlusconisme, et la consécration du spectacle et de la corruption dans la vie politique et la société. Paolo Sorrentino livre une photographie cynique de son pays mais moins triste que ne le faisait Federico Fellini. Dans son film, la grande beauté de Rome est très malmenée mais elle fait toujours rêver.

7
Un art de vivre inimitable

La décadence est le fil rouge de La Dolce Vita et de La Grande Bellezza. On fume, on se drogue, on finit dans les bras du premier venu, on ne travaille (presque) jamais, on se fait botoxer et on a de graves problèmes existentiels…
Vu comme ça, cela ne fait pas rêver mais on se balade aussi en vespa via Veneto ou sur la plage d’Ostie au petit matin, plein de soleil. On dîne sur des terrasses de rêve, on foule des pavés millénaires et on danse jusqu’au bout de la nuit

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8
Charme contre humour

La Dolce Vita a marqué la consécration de Marcello Mastroianni, acteur italien emblématique, dont Federico Fellini a fait son double. Déjà las, Marcello porte le costume sombre comme personne, subit les femmes autant qu’il ne les séduit, rêve déjà d’idéal féminin et nous guide dans les soirées les plus folles de Rome. C’est le séducteur italien par excellence avec un charme irrésistible.
Toni Servillo, alias Jep Gambardella, est un comédien napolitain, qui a fait une grande carrière au théâtre mais restait inconnu du grand public et au delà des frontières transalpines. La Grande Bellezza consacre l’un des plus grands acteurs italiens actuels, séducteur vieillissant, l’œil qui frise et la répartie cinglante mais capable de nouer une tendre amitié avec une stripteaseuse sur le déclin.

© photo principale : Pathé Distribution © autres photos de haut en bas : Pathé Distribution ; Pathé Distribution ; DCM Filmverleih ; DCM Filmverleih ; Ciné Sorbonne