La pizzica, une danse envoûtante venue des Pouilles

Plus qu’un simple folklore local, il s’agit là d’une véritable facette de l’identité culturelle et historique du Salento et, aujourd’hui plus que jamais, on vit et on vibre pour la pizzica… Ça l’est en l’occurrence l’été, où elle est mise à l’honneur à travers une série de concerts qui aboutissent sur la Notte de la Taranta à Melpignano, un évènement qui n’a cessé de prendre de l’importance au fil des années. Vous pourrez constater qu’il est difficile de résister à l’envie d’esquisser un pas de danse sur le rythme ensorcelant d’une tradition qui enflamme littéralement villes et villages.

La Pizzica, c’est quoi ?

Peut-être avez-vous déjà entendu parler de la Tarentelle ? La pizzica n’est plus ni moins qu’un dérivé de cette danse traditionnelle née dans le sud de l’Italie et dont le but était de guérir les personnes atteintes de tarentisme. Le tarentisme désigne ceux et celles qui étaient piqués par la lycosa-tarentula ou lycose de Tarente, une vilaine araignée que l’on trouve dans la région.  Celle-ci s’attaquait en particulier aux femmes travaillant dans les champs qui présentaient alors, une fois le venin diffus dans leur sang, des symptômes tels que des convulsions, des états d’hystérie, ou,  inversement, de léthargie.

De là est née la pizzica, ou pizzica-taranta (puisqu’il existe d’autres dérivés). Il s’agissait à proprement parler d’un rituel d’exorcisme visant à libérer les femmes possédées… Ce rituel passait par l’exécution d’une danse frénétique sur une musique de tambourins, de chants, d’accordéons diatoniques et de violons sur des rythmes allant du lento au vivace, et qui pouvait durer des heures et des heures. Voire même plusieurs jours. Jusqu’à ce que le venin ait disparu du corps de la malheureuse.

Ses symboliques

Cette pratique, dont on retrouve l’évocation dès le XIVe siècle, fut étudiée par de nombreux ethnologues et musicologues, et en particulier par Ernesto De Martino, auteur de La Terra del Rimorso. Il a notamment relevé, dans la littérature populaire, la référence à l’utilisation de différents accessoires comme des foulards, des coquillages, des miroirs, des rubans, des épées ou des éventails.

On donne beaucoup d’autres explications à ce rituel : celui d’un peuple souhaitant se libérer du carcan de l’église en faisant renaître des rites païens dionysiaques (liés aux racines grecques de différentes localités du Salento), celui des femmes face à la soumission et l’oppression. Et on peut aller jusqu’à l’explication médicale : c’est grâce aux endorphines libérées par les mouvements saccadés du corps que le venin était alors expulsé.

La pizzica de core, la danse des amoureux

Si les danses de séduction telles que le tango vous laissent le cœur palpitant et l’esprit rêveur, peut-être succomberez-vous à la magie de la pizzica de core, la variante romantique de cet héritage dansé du sud de l’Italie. Il s’agit là d’un véritable rituel de conquête amoureuse qui met en scène l’homme et la femme dans une chorégraphie hautement sensuelle. Jamais ils ne se touchent. Tout passe par le regard, la gestuelle, « tu veux ou tu veux pas », la montée du désir à travers le langage de la danse. Pour en avoir un petit aperçu, jetez un œil à la vidéo ci-dessous :

La Notte della Taranta

La grande nuit de la Tarente est  le point d’orgue d’une tournée de concerts dans la Grecia Salentina, cet ensemble de 11 localités situées au sud de Lecce où subsiste le griko, un dialecte d’origine grecque que l’on parle ici depuis (presque) la nuit des temps. Rappelons que des colonies grecques s’établirent dans la région dès le VIIIe siècle avant J-C. L’une des grandes villes représentatives de cette « Grèce Salentine » est la blanche et charmante Ostuni, à ne  pas manquer si vous séjournez dans les Pouilles.

Organisée à Melpignano, la Notte della Taranta est consacrée à ces danses traditionnelles du sud de l’Italie… dérivées des délires engendrés par cette petite araignée maléfique ! Depuis sa création en 1998, le nombre de visiteurs a plus que doublé et nombreux sont ceux qui se rendent début août dans cette petite ville pour assister aux différents concerts qui y sont organisés. La Notte della Taranta, dont on fête cette année les 19 ans, possède en outre une dimension internationale puisqu’on donne l’opportunité à une personnalité du monde de la musique de donner sa vision artistique du phénomène. Parmi les « chefs d’orchestre » passés de ce grand rendez-vous festival, on peut ainsi citer Stewart Copeland de The Police, Goran Bregovic ou le jazzman Joe Zawinul de Weather Report.

 

 
© Photo principale : Fabio Maciel