La Villa Médicis et l’Académie de France

Tout en haut du célèbre escalier de la Piazza di Spagna, sur la colline du Pincio, s’élève l’élégante Villa Medicis, l’une des innombrables merveilles de Rome, qui abrite depuis 1803 l’Académie de France et ses  artistes pensionnaires œuvrant dans les différents champs de la création. Malgré son intérêt du point de vue historique et artistique, elle reste cependant l’un des lieux les moins fréquentés de la cité antique, touristiquement parlant.

Colisée, Piazza Navona, Vatican,  fontaine de Trevi… les visiteurs se concentrent sur ces incontournables, et s’arrêtent le plus souvent en bas des marches de cette fameuse Place d’Espagne. Pourtant, il est bien dommage de faire l’impasse sur cette institution et de son incroyable collection d’œuvre d’arts anciennes et contemporaines, de ne pas profiter de ses délicieux jardins ainsi que d’une vue panoramique exceptionnelle sur la ville éternelle et ses toits couleur ocre.

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Il était une fois…

Au même emplacement, il y avait jadis une autre demeure et des jardins : ceux de Lucius Licinius Lucullus (115 – 57 av. J.-C.), un général romain dont les luxueux banquets étaient particulièrement renommés. Occupé au IIIe siècle par la famille Acilii puis par les Pincii au IVe siècle, le site finit par être abandonné. Il faudra attendre le XVIe siècle pour qu’il le soit à nouveau : en 1564, le cardinal Ricci de Montepulciano y fait construire une bâtisse selon les plans de l’architecte Nanni di Baccio Bigio. En 1576, Ferdinand de Medicis (1549-1609), nouveau propriétaire du domaine, demande à l’architecte florentin Ammannati de lui concevoir une villa grandiose, à la hauteur du prestige de la famille des Médicis et qui soit à la fois un lieu de vie et un véritable un musée dédié à ses nombreuses œuvres d’art acquises en tant que mécène. Appelé à succéder à François 1er sur le trône de Toscane à Florence, il abandonne la villa et son fabuleux jardin botanique aux essences rares, inspiré de ceux de son propre père en Toscane. 

L’Académie de France

Sous l’impulsion de Colbert, du Bernin et de Le Brun, l’Académie de France voit le jour à Rome en 1666. Elle accueille des jeunes artistes ayant remporté le prix de Rome et des artistes protégés des grands seigneurs. Ils se consacrent alors à la reproduction de tableaux et de sculptures antiques. Elle connaîtra différentes résidences : Palais Caffarelli (1673) Palais Capranica (1684), puis le palais Mancini en 1725 qui sera saccagé par les contre-révolutionnaires. L’Académie de France n’existe plus. Il faudra attendre 1795 pour qu’elle soit rétablie par le Directoire et 1803 pour qu’elle investisse la villa Médicis.

Pendant la seconde guerre mondiale, après avoir été réquisitionnée par Mussolini, elle sera transférée à Nice et à Fontainebleau. En 1961, le peintre Balthus est nommé à sa direction par André Malraux, alors Ministre de la Culture en France. Les deux hommes souhaitent profondément transformer l’institution et ce changement sera opéré par le biais d’un décret en 1971. Outre le nombre et la durée du séjour et pensionnaires, qui passe de quatre ans à deux ans ; son indépendance vis-à-vis de la tutelle des Beaux-arts ; la villa Médicis s’ouvre aux romains à travers un programme d’expositions, de séminaires, de colloques, de concerts et d'événements artistiques en tout genre.

Elle se veut, en outre, un formidable lieu de rencontres franco-italiennes à Rome. À partir de 1993, un vaste programme de restauration de l’édifice et de ses jardins est mis en place par le Ministère de la Culture, la Direction du Patrimoine et de l’Architecture, la Fondation Electricité de France et les services culturels italiens. Les jardins de style Renaissance, tels que les avait voulus Ferdinand de Médicis, retrouvent ainsi toute leur splendeur.

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© Photo principale :  Frederico Lukkini © photos de l'article : Phillip Capper et Jean-Pierre Dalbera