Le foot virtuel, une passion très réelle

Jamais entendu parler du fantacalcio ? Normal, en France le foot se joue seulement dans les stades et devant les écrans de télévision. Pour faire durer le plaisir même quand il n’y a pas de match, les Italiens ont inventé le foot virtuel ou fantacalcio. Décryptage d’un phénomène 100% transalpin.

Autant être honnête, le foot est un univers qui m’est totalement étranger. Seule une coupe du monde à domicile peut réveiller l’âme de supporter qui sommeille très profondément en moi. Je savais les Italiens fous de ballon rond mais je n’imaginais pas à quel point avant de venir m’installer à Rome. Après quelques mois de répit, j’ai été littéralement contrainte de choisir entre les deux équipes romaines, l’AS Rome ou la Lazio, bien que ne sachant rien des joueurs et n’ayant aucune connaissance de ce sport. Ce n’est pas un problème m’avait confié une amie, mais il faut que tu soutiennes une équipe, sinon tu ne pourras pas vivre à Rome ! C’est à cette époque que j’ai découvert un autre phénomène lié au foot : le fantacalcio.

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Un jeu très sérieux

Tout a commencé dans les années 90 par un groupe d’amis en mal d’activité et de console vidéo avant que le phénomène se généralise.  Vous dire que le fonctionnement est simple, n’y connaissant rien au foot, serait mentir, mais à les voir jouer on pourrait croire que oui.
Tous les joueurs commencent la partie avec une somme d’argent fictive. En millions d’euros bien évidemment car on parle de football. Commence alors un mercato spéculatif : on achète les joueurs du championnat réel par enchères secrètes : le plus offrant remportant la mise. Une fois les équipes de chacun constituées, le championnat commence. Vous l’aurez compris, on ne sort pas de chez soi pour aller taper sur un ballon, et c’est là que ça se complique. En fonction des matchs réels du championnat, on comptabilise des points en fonction des notations sportives de chaque joueur existantes dans la presse spécialisée. Je vous épargnerai le détail des barèmes et des modes de calcul, mais il s’en suit un classement et donc un gagnant du championnat.
Aujourd’hui, plusieurs millions d’Italiens se passionnent pour ce championnat virtuel de football, devenu très rentable avec la prolifération des sites internet dédiés et des applications diverses. Mais au delà du marché juteux, le fantacalcio a des conséquences sur la vie de nombreux Italiens et Italiennes.

Cauchemar de filles

Jeu virtuel, le fantacalcio est aussi un prétexte pour se retrouver très régulièrement entre copains afin de procéder aux enchères et pour confronter ses scores. Pour certains, ces soirées ont lieu toutes les semaines au grand désarroi de leurs femmes et petites-amies. Car pas question de les rater, et tout passe alors au second plan : concert, spectacle, dîner en famille ou en amoureux… Le fantacalcio est presque aussi sérieux que le calcio réel ! Une de mes amies avait trouvé la solution en remplaçant son copain à ses réunions fantacalcio quand il sortait trop tard du bureau. Elle s’était prise de passion pour le jeu et avait troqué Grazia pour la Gazetta dello Sport. Mais la plupart des Italiennes subissent cette passion envahissante. Elles finissent généralement par sortir entre filles, organisent leur vie sociale sans leur moitié et il n’est pas rare d’entendre que le foot est une cause de rupture dans les couples. De très sérieuses études ont même démontré que ce sport participait à la baisse de natalité en Italie, l’une des plus basse d’Europe.

© photo principale : Cristiano Corsini / flickr.com © photo article : Mafalda Laezza / flickr.com