Parole, Parole, Paroooole !

S’il est une certitude sur l’homme italien – et la femme par la même occasion, mais aussi le grand-père, la grand-mère, les petits-enfants, les policiers, primeurs, coiffeurs, banquiers, concierges et tout le reste, c’est que si le silence est d’or pour toutes les autres nations du monde, ici en Italie, il ne vaut même pas une Margherita, est carrément ringard, et la parole l’a tellement assommé, qu’elle l’a rendu définitivement sourd et lui a fait prendre un arrêt maladie à durée disons… indéterminée !

En un mot, voyageurs, si aux cartes postales de collines toscanes vous aviez associé le symbole du doux calme serein et de la contemplation d’une vie simple, tranquille et silencieuse, il est de mon devoir d’expatriée éclairée et lucide, de stopper là toute rêverie naïve et malsaine !
C’était sans compter Luigi et Maria qui se disputent derrière la colline, puis se réconcilient (à grand renfort de cris et d’exclamations !). Sans compter Roberto qui a calé en pleine côte et qui « communique » (= hurle) au téléphone avec italia, assistance qui ne passera prendre la voiture que demain matin. Sans compter Giovanni qui siffle désespérément son chien perdu sur ladite colline. Et sans compter Martina qui susurre la beauté des derniers rayons de soleil sur ces vallons dorés, Martina qui a donc brisé les tympans de tous les touristes à 30 km à la ronde…
Un dimanche de janvier, après une soirée amici-aperitivo-pizza-gelato-limoncello en bord de mer, je comptais faire une belle grasse matinée, comme tout Français qui se respecte ! Que nenni !! Ma sacro-sainte grasse matinée fut brutalement interrompue par le soudain son/bruit/ramdam/boucan/vacarme/déflagration/glissement de terrain d’une chanson populaire italienne (c'est-à-dire napolitaine) qui déversa en moi son lot d’amour, de trahison, de pleurs, de passion, d’amour de nouveau, de « ô sole mio » jusque dans mes oreilles de Française plutôt habituée aux gazouillis matinaux qu’à cet amalgame de notes provenant du balcon d’en face. Cerise sur le gâteau, l’odieuse voisine incriminée se met à « fredonner » (comprendre « chanter à tue-tête comme si sa vie en dépendait ») réveillant alors en moi la Française au « bras vengeur » et dont le « sang impur » avait totalement abreuvé les « sillons » de ma couette déformée par l’angoisse et l’impuissance, et qui à cette heure indue n’avait alors plus qu’une pensée et un seul dessein : attraper et étriper cette odieuse voisine qui se prenait pour Laura Pausini, puis massacrer ensuite l’Eros Ramazzotti napolitain, toscan, calabrais, sicilien, peu importe!!
Bref, vous l’aurez compris, l’Italien parle beaucoup, mais surtout, surtout, parle fort !
Ah, pardon excusez-moi, on m’appelle…
« Allô oui, Maman ?? COMMENT ÇA VAAAA ????!!!!!
– … »